Des Lectures industrielles 3 : L’espace des lectures industrielles

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Dans le chapitre précédent, la lecture numérique a été envisagée du point de vue de la pratique, c’est à dire du point de vue du lecteur. Je renverse ici le point de vue, en concentrant la réflexion sur les lecteurs, et l’espace dans lequel ils conduisent leur activité.

L’analyse habituelle des pratiques culturelles est fondamentalement sociologique ou anthropologique. Elle vise, à travers l’analyse des pratiques ou des usages, à révéler quelque chose des sociétés ou du public. C’est par exemple le cœur du courant des « cultural studies », ou, en France, de l’analyse des pratiques culturelles inspirée par Michel de Certeau. Cette analyse porte sa critique sur deux réalités apparemment connues : une activité culturelle, comme lire ou écrire, et une société, comme la société contemporaine occidentale.

Par comparaison, l’analyse des pratiques numériques comme pratiques culturelles confronte plutôt deux inconnues : le faire technologique, ici lire, et son sujet. On peut considérer que ce sujet est la société ou l’individu en général. C’est le point de vue adopté par exemple dans la plupart des politiques contre la « fracture » ou le « fossé » numérique. Le point de vue adopté ici tend plutôt à considérer le faire technologique comme une relation sociale en tant que telle et le cadre d’un processus distinct de subjectivation, individuelle ou collective.

Il me semble que l’analyse du dispositif qui tient la place de l’institution du lecteur numérique, et que j’essaie d’approcher comme espace des lectures industrielles, est un préalable aux approches sociologiques.

En tout cas, la distance entre l’institution du lecteur classique et celle du lecteur numérique est grande et manifeste.

Nous sommes accoutumés à une certaine forme historique ou à une certaine idée de l’espace public articulée par Kant autour de l’Offentlichkeit, du principe de Publicité. Dans ce cadre, le savoir-lire et l’activité de lecture conditionnent l’effectivité de l’espace public. Et l’institution de l’espace public repose sur le rôle de la puissance publique en particulier comme acteur de l’alphabétisation et de l’enseignement de la lecture et de l’écriture.

En 1979, le ministère de l’Education nationale répondait à une enquête de la Commission européenne qu’il n’y avait pas d’analphabètes en France, l’enseignement y étant non seulement public et gratuit, mais aussi obligatoire. On a beaucoup moqué cette réponse. D’une certaine façon, c’est à dire du point de vue du dogme, c’était pourtant la seule réponse possible. La République a en effet laïcisé et élargi à l’ensemble des habitants le principe du droit canon posé au XIIIème siècle dans la « Concorde des canons discordants » de Gratien « que nul ne soit clerc s’il est illettré ». L’enquête européenne soulevait ainsi une question laissée sans réponse : qu’est-ce que la République aux illettrés ?

La première différence, si évidente qu’elle en est aveuglante, entre l’espace de la lecture classique et celui de la lecture numérique est l’absence à peu près totale du rôle direct d’une puissance publique dans l’institution du lecteur.

Les pouvoirs publics, politiques ou religieux, qui, à d’autres époques, jouaient le rôle principal, n’ont presque aucune influence directe sur le processus, ayant décidé, dans beaucoup de pays, de ne pas intervenir sur l’orientation de la technologie, et dans la plupart, de se limiter à une vision étroite et empiriste de « l’alphabétisation numérique ».

C’est ce qu’illustre bien la confusion régnant autour du terme d’« illectronisme ». « Illectronisme » est un néologisme et mériterait de le rester. Ce sera probablement le cas, puisque les hommes politiques, qui sont les seuls à utiliser ce vocable, emploient toujours la périphrase « ce qu’on appelle « l’illectronisme » ».

Justement, qu’appelle-t-on « illectronisme » ?

Par ce terme, on entend couramment l’absence d’une certaine culture informatique. L’illectronisme se définirait comme l’illettrisme informatique. C’est ce que signifie l’expression anglaise originale dont le néologisme veut être la traduction : « computer illiteracy ».

Cette formule ambiguë, en anglais peut être encore plus qu’en français, soulève plusieurs difficultés.

En effet la « literacy » renvoie soit à la culture écrite au sens le plus large et le plus élevé (la culture des lettrés), soit au savoir-lire initial nécessaire pour accéder à cette culture écrite.

Le Webster, aussi bien pour literacy que pour literate donne les deux sens. Pour literacy : la qualité d’être lettré, cultivé, mais aussi : la capacité à déchiffrer un court passage de texte. Pour literate (nom) : une personne éduquée, mais aussi : quelqu’un qui sait lire.

De ce point de vue, l’illectronisme peut donc être compris comme l’absence soit d’un savoir-faire des débuts nécessaire à l’usage commun de l’ordinateur, soit d’une connaissance, voire d’une culture spécifique qui serait, dans l’ordre de l’informatique, le pendant de la culture écrite dans l’ordre du texte, tout en ayant une certaine proximité avec elle, d’où l’usage commun de la literacy.

Dans la plupart des pays, les pouvoirs publics ont opté pour l’approche d’un savoir-faire des débuts, pompeusement qualifié d’initiation. D’où vient que la réflexion si nécessaire sur l’articulation entre le savoir lire classique et le savoir lire numérique est encore dans les limbes.

Une conséquence directe de cette orientation est le caractère opaque, invisible, du développement du savoir – lire numérique. La formation du public à la lecture numérique ne saurait se résoudre en une initiation à l’utilisation de l’ordinateur et du réseau bien qu’elle soit nécessaire. Il serait évidemment commode d’approcher la lecture numérique, en confrontant la pratique réelle à sa référence publique, quelle qu’elle soit et quoi qu’on en pense. Mais je n’ai jamais entendu personne accorder la moindre importance à l’influence qualitative du contenu des formations publiques sur l’orientation technologique ni sur la pratique, et ce indépendamment de l’importance variable des efforts d’alphabétisation numérique.

Le retrait des puissances publiques de cette formation du public à la lecture numérique, qui tranche avec l’impératif si difficilement maintenu de formation à la lecture classique, confronte deux, et seulement deux grandes catégories d’acteurs : les industries de l’information, en tant qu’industries culturelles, et le public des lecteurs numériques.

Ce face-à-face est le contenu réel de ce que j’appelle l’espace des lectures industrielles.

1.LES LECTURES INDUSTRIELLES

11.Les industries de lecture

Pour mesurer le caractère proprement inouï de la lecture industrielle, et avant d’en examiner le contenu, il faut rappeler que le principe auquel nous sommes habitués est celui d’une séparation des deux ordres : normalement nous considérons la lecture comme une pratique culturelle radicalement étrangère à l’industrie.

En ce sens, on partira de la double distinction entre, d’une part, technologie et industrie, et, d’autre part, texte et lecture.

On connaissait évidemment des technologies de lecture, dans le sens où Sylvain Auroux parle d’une technologie de la grammaire (et même de la grammaire comme technologie). Une technologie de lecture peut s’exprimer sous la forme d’un art systématique, comme dans le Didascalicon d’Hugues de Saint Victor, ou plus couramment comme une méthode d’enseignement. Elle peut aussi se traduire par une inscription dans le texte même ou dans son support, comme dans le cas de l’écriture en mots séparés, adoptée par les moines irlandais au VIIème siècle.

Mais, jusqu’au numérique, cette technologie est purement humaine, ce pourquoi elle s’apparente souvent à une discipline. Seule, et sur une longue période la révolution numérique va entreprendre d’industrialiser (certes de manière incomplète et sans projet systématique) la technologie de la lecture.

D’autre part, il y a à la fois une industrie du livre et une industrie des textes. Les repères technologiques de l’industrie du livre (le dispositif Gutenberg, les innovations dans l’imprimerie au début et à la fin du XIXème siècle) ne coïncident pas strictement avec ceux qu’étudie l’histoire de la lecture, comme la généralisation de la lecture silencieuse, ou l’apparition de la lecture extensive. Par exemple, le livre de poche a permis l’extension de la lecture extensive mais celle ci était apparue dès le XVIIIème, à travers le modèle de la lectrice de Pamela ou la Vertu récompensée, le roman de Samuel Richardson, sans modification technologique ou industrielle majeure du côté de l’imprimé.

L’édition apparaît comme la première industrie culturelle. Le développement de cette industrie des textes est repéré dès le début du XIXème siècle, sous le nom d’« industrie littéraire ». C’est ce titre que Tocqueville donne à un chapitre de De la démocratie en Amérique . Adorno dans son article programme sur la « Kulturindustry » cite cette anecdote :

« Beethoven jeta loin de lui le roman de Walter Scott qu’il lisait en s’écriant : « Le bougre ! Il écrit pour de l’argent ! »(1).

Ce qui caractérise l’économie numérique de ce point de vue, ce n’est pas le développement des « industries littéraires », mais bien celui des « industries de lecture », ou, c’est tout un, dans le jargon actuel, plutôt que le développement des « contenus », celui de l’économie et des industries de « l’accès ».

Jeremy Rifkin, dans « L’Age de l’accès » a ainsi défini la nouvelle économie en réseau :

« Dans la nouvelle économie en réseau, plutôt que d’échanger des biens matériels et immatériels, les entreprises en contrôlent et en régulent l’accès…Les marchés cèdent la place aux réseaux, vendeurs et acheteurs sont remplacés par des prestataires et des usagers, et pratiquement tout se trouve soumis à la logique de l’accès. »

Toute la seconde partie du livre de Rifkin est consacrée à la privatisation de la sphère culturelle et à la nouvelle culture du capitalisme. Au croisement de cette économie de l’accès et de la privatisation de la sphère culturelle se trouvent précisément les industries culturelles de l’accès, dont les industries de lecture sont l’exemple parfait.

Si on examine cette question du point de vue des relations culturelles entre les Etats Unis et le reste du monde, il est frappant de constater que l’internet et le web n’ont pas été, contrairement à ce que certains craignaient, l’occasion d’un déferlement des contenus américains. En revanche, les Etats unis se sont assurés grâce aux moteurs de recherche et aux réseaux sociaux une place centrale dans les industries de l’accès.

L’industrie de la lecture se met en place autour de trois axes d’activité.

Le premier secteur d’activité des industries de lecture est formé spécifiquement par l’informatisation des moyens de lecture : matériels, logiciels, interfaces, langages, formats. C’est le programme même de la machine à lire.

Diverses orientations ont été mises en œuvre dans ce secteur.

Par exemple, aux terminaux passifs (dumb terminals) correspond bien la lecture à l’écran– lecture de contrôle tandis que l’ordinateur personnel connecté est la base matérielle de la lecture numérique. Le Wysiwyg, l’hypertexte ou l’accès à l’information ne sont pas des tendances techniques de même nature ni de même portée. Mais toutes elles orientent la lecture numérique, l’engagent dans une certaine direction.

Finalement, aucune de ces grandes orientations, pas même l’hypertexte, ne s’est traduite par un véritable projet industriel pour une technologie complète de lecture numérique, l’industrie de la lecture produisant ainsi cette situation étrange d’une pratique technique sans technologie. La situation est toujours chaotique, ce que confirme l’actuelle multiplication des formats de lecture (web, livres numérisés par Google, e-books, readers).

Si le premier axe d’activité renvoie au programme de la machine à lire, le deuxième consiste tout simplement à produire industriellement des actes de lecture, diffusés sous la forme de textes de lecture. Les grandes lignes de cette activité ont été rappelées à propos des moteurs de recherche. Un moteur de recherche est un robot de lecture, et cela aux deux étapes de son activité : l’exploration des textes, suivant les hyperliens, et l’indexation. Dans sa  présentation initiale de Google (2), Page accordait une grande importance à cette logique de lecture du web, notamment à travers les pratiques de citation (l’hyperlien) et d’annotation (la description du lien).

Depuis le dispositif imaginé par Swift dans Les voyages de Gulliver (un appareil combinant des lettres pour produire mécaniquement des textes), la machine littérature, selon le mot d’Italo Calvino, fascine. Ted Nelson d’ailleurs avait qualifié l’hypertexte de « machine littéraire ». Il est d’autant plus surprenant que cette fascination occulte l’apparition de véritables dispositifs de production industrielle automatisée de textes – il est vrai- de textes de lecture. Les industries de lecture sont celles dont le process est constitué par l’automatisation de l’acte de lecture.

Mais l’activité qui est l’objectif des deux premières, et en tant que telle la base du modèle d’affaires des industries de lecture, est la commercialisation des lectures et des lecteurs.

 12.Commercialisation des lectures

La commercialisation des actes de lecture, nouveauté qui aurait bien surpris nos devanciers, est un maillon important du financement du web par la publicité.

Le meilleur exemple en est le modèle économique de Google.

Le moteur de recherche est une machine de lecture automatique, quasi universelle, qui pratique une double lecture : lecture des textes et lecture des lectures.

Google a construit son économie en solvabilisant dans les deux sens cette lecture des lectures, c’est à dire cette connaissance en bloc et dans le détail du public des lecteurs lui même solvabilisé comme consommateur.

On sait qu’il repose sur deux services complémentaires et symétriques: AdWords et AdSense.

AdSense s’adresse aux éditeurs sur le web et leur propose un service défini de manière excellente comme une « publicité contextuelle ». Concrètement, l’éditeur sélectionne un annonceur à travers un système de mots clés. Cette procédure est fréquemment rapprochée de la publicité dans les journaux ou dans les pages jaunes. Mais ce qui distingue la « publicité contextuelle » par rapport à toutes les autres, c’est sa proximité non seulement avec le contenu thématique des textes, mais aussi avec le type de concentration spécifique à l’activité de lecture. La lecture commercialisée devient le support d’orientation du « temps de cerveau disponible ».

AdWords, symétriquement, s’adresse aux annonceurs et leur propose de choisir et d’acheter le mot clé qui renverra sur leur propre site. Les annonces liées aux mots clé figurent en marge de la liste de sites affichés comme résultat d’une requête dans Google.

Ainsi le lectorat est vendu aux annonceurs deux fois : la première fois, directement, la cible est le lecteur individuel qui fait sa recherche ; la deuxième fois, parce que c’est un sous-ensemble du lectorat du web qui est constituée en audience de la publicité. Un aspect étonnant de cette organisation tient au fait que les éditeurs de sites, par l’intermédiaire des liens hypertextuels, participent à la fois au classement des résultats et à leur propre transformation en audience publicitaire.

Il faut aller plus loin. Google est seulement un exemple –pour le moment, le plus abouti- de cette capacité des industries de l’information, à travers leurs logiciels et services, à se saisir et à exploiter les données produites par les internautes, y compris les plus profondes (selon la métaphore du « data mining »).

Grâce aux cookies implantés sur l’ordinateur des internautes, elles peuvent enregistrer les parcours de lecture et constituer automatiquement des profils individualisés qu’ils peuvent revendre aux annonceurs. Tout peut être enregistré et retraité : blogs, mails, liens, signets, annotations.

Toute personne qui publie sur le web, même avec des logiciels libres et des contenus en « creative commons », et, y compris, en refusant la publicité sur ses propres pages, tend à devenir le poisson pilote de la publicité qui, attirant les lecteurs, prépare l’exploitation commerciale de leurs lectures.

Ainsi l’industrie de la lecture se développe selon ces trois axes : informatisation des moyens de lecture, production automatisée d’actes de lecture, commercialisation des lectures humaines. Ce processus n’est pas uniforme et connaît une certaine concurrence économique. Cette concurrence articule la rivalité entre technologies et modes de valorisation. Dans la période récente, Google a su damer le pion à la fois aux autres moteurs de recherche, et aux portails ou navigateurs.

Le système des lectures industrielles transforme la relation de lecture qui traditionnellement associe le lecteur au texte en une relation publique, selon le terme d’Edward Bernays. Le mot « publicité » reprend ici l’ensemble de ses significations : le principe de publicité de l’écrit et la publicité, langage de l’économie. Le décentrage de la lecture vers l’espace public s’impose comme moyen de transformer les lecteurs en consommateurs.

L’industrie de l’information est une industrie de transformation : du privé au public et retour. Le passage nécessaire par l’espace public – cette sorte de mise à plat et en pleinelumière des lectures personnelles- est la condition requise par les opérations de comptage.

Le comptage, la statistique sont devenus l’obsession des acteurs du web. L’information sur les « contenus » du web est toujours qualifiée statistiquement et, pour le moment, elle consiste d’abord en cette qualification statistique. Sur les moteurs de recherche, c’est la quantité qui produit la qualité. Chaque acte de lecture est considéré comme un « hit » ; on enregistre et on publie les passages   sur le site, ou le nombre de personnes présentes simultanément. On met en scène l’auditoire, le lectorat virtuel. Les statistiques des sites apprennent à leurs auteurs d’où viennent leurs lecteurs, quelles entrées ils ont utilisées et quels articles ils ont lus.

L’association de l’information statistique à l’enregistrement des opérations de lecture forme le cœur de l’industrialisation de la lecture. J’appelle ses produits : les lectures industrielles.

Les industries de lecture se situent au croisement des industries de l’information, des industries du marketing, et des industries culturelles.

Elles relèvent évidemment des industries de l’information (informatique et télécoms) et, le plus souvent, c’est à partir de l’internet qu’elles développent puis étendent leurs activités. Bien qu’elles puissent utiliser le modèle économique classique du « logiciel propriétaire » (Microsoft), ou celui du commerce électronique (Amazon), le modèle le plus répandu est devenu le modèle média, dont le financement repose sur la publicité. Le marché de Google est un marché « double-sided » : échange d’informations sur les lectures contre des informations sur les lecteurs, échanges d’informations sur les lecteurs contre de la publicité. On s’achemine vers des formats de langage informatique pour le « user profiling », le contrôle de l’attention : « attention profiling markup language ».

En tant qu’industries du marketing, elles se rattachent au tournant nouveau de la publicité qui consiste à s’appuyer sur l’activité des consommateurs, au moyen de puissantes techniques d’individualisation. En ce sens, les industries de lecture s’appuient sur un certain type de réseaux sociaux, le réseau des lectures et des lecteurs numériques. Ce réseau est le contenu de l’espace des lectures industrielles.

Bien qu’elles n’aient que peu de ressemblances avec les industries culturelles du XXème siècle qui les considèrent plutôt comme des concurrents que comme des partenaires, les industries de lecture sont bien des industries culturelles d’un nouveau type, dans le sens où, plutôt que de s’appuyer sur les « contenus », elles s’appuient sur la modélisation, le formatage et le contrôle des pratiques culturelles ; leur cœur de métier est la maîtrise des technologies de « grammatisation ». De ce point de vue, Google, avec toutes ses composantes, est le meilleur exemple d’une industrie de lecture.

Finalement, les industries de lecture ne visent pas seulement à transformer la lecture en acte de consommation. Là où d’autres n’envisagent que de préparer et de vendre du temps de cerveau disponible, elles enregistrent et elles vendent du temps de cerveau actif, rejoignant ainsi les visées du marketing neuronal par un bond dans le commerce de l’attention.

En décrivant cet espace des lectures industrielles, je ne cherche pas seulement à planter le décor de la lecture numérique mais aussi à expliquer comment elle se développe, ou plutôt pourquoi elle se développe si mal comme technologie. La lecture de consommation est compatible avec la lecture d’information ; elle ne s’accorde pas avec la lecture d’étude. Celle-ci présente d’ailleurs peu d’intérêt commercial. Une véritable technologie de lecture numérique devrait reconstituer le caractère privé de la lecture, bien loin de la logique des hits.

2.LE PUBLIC DES LECTEURS NUMERIQUES

1.Rôle et responsabilité des lecteurs numériques

Le public des lecteurs numériques est donc l’autre composante de l’espace des lectures industrielles, placé, comme on l’a vu, en face-à-face avec les industries de lecture.

L’analyse de la lecture numérique comme pratique révèle l’importance du rôle et de la responsabilité du lecteur, proportionnée au défaut de la technologie. Cette responsabilité, son étendue sont aussi une nouveauté considérable dans l’histoire de la lecture.

Nous avons déjà rencontré la plupart des éléments constitutifs de ce rôle.

Les activités du lecteur sont à la base du fonctionnement du web comme réseau médiatique. Sans les liens hypertextuels, sans l’activité consistant à établir de tels liens en tant que parcours de lecture, les sites ne seraient que des arborescences parallèles, la mise en réseau (la « réticularité ») serait embryonnaire. Les pratiques de marquage, de copie, de commentaire, les blogs, les tags témoignent aussi du rôle de la lecture au bénéfice du fonctionnement du web.

Le lecteur numérique prend en charge une partie consistante de la technologie de lecture. Le maniement des formats, l’articulation des logiciels, les choix de navigation jouent un rôle d’autant plus important que les manipulations de base, « naturelles » du texte numérique sont difficiles et mal organisées : le lecteur a beaucoup de travail pour mettre à l’œuvre la machine à lire. Sans le lecteur, avant son intervention, le numérique ne propose qu’une technique par défaut. On peut même poser qu’à partir des moyens techniques existants, le lecteur fait advenir une sorte de technologie-mouvement dont il assume la cohérence et la consistance.

Le lecteur numérique a une double responsabilité culturelle, par rapport au texte numérique, et par rapport à sa lecture. C’est lui qui assure la « clôture » technique du texte au cours de la navigation et le définit comme bon à lire. Le lecteur produit techniquement le texte à lire. C’est lui aussi qui choisit le type de lecture auquel il va se livrer, et décide des compromis nécessaires, notamment pour la lecture approfondie, et le passage à la lecture d’étude. La moindre de ces décisions n’est pas celle de se détourner de l’ordinateur pour réfléchir.

Les lecteurs forment un public. Certains internautes adoptent bien sûr un comportement de consommateurs. D’autres s’en tiennent à un rôle d’utilisateurs, venant télécharger un fichier ou prendre connaissance des mises à jour d’un petit nombre de sites. Mais il suffit de comparer la lecture sur le web avec la pratique plus ancienne d’interrogation des bases de données pour saisir la spécificité du lectorat numérique comme public. Ponctuellement, ou localement, ce public se reconnaît comme tel. Les lecteurs s’instituent en public en définissant comme leur une certaine question et en l’adoptant. Ce fut le cas pendant une période de la « blogosphère », des « wikis » et des réseaux sociaux.

C’est un public général en cela qu’aucun prestataire sur le web n’a réussi à capter durablement un public particulier autour d’opérations de lecture. C’est un public qui s’institue autour de sa pratique technique même si les appartenances sociales ou générationnelles jouent évidemment un rôle. C’est surtout un public qui tend à s’auto – instituer dans son rapport avec les industries de l’information.

Mais le point clé me semble bien être l’émergence d’une conscience de public, du sentiment d’appartenir à une même société de lecteurs. Cette société se constitue autour de la publication et de l’échange des lectures. C’est en quelque sorte un grand club de lecture numérique.

Enfin c’est au(x) public(s) des lecteurs numériques que revient finalement le rôle de se former collectivement, cette auto-formation suppléant à l’abstention de la puissance publique. Imiter, copier, renseigner, livrer des secrets, critiquer : la lecture comme les autres pratiques numériques s’accompagnent d’une circulation du savoir – faire, une sorte de compagnonnage en réseau. On sait que cette dimension est particulièrement importante dans l’orientation du peer-to-peer, des logiciels libres et des creative commons.

Ainsi ce rôle du lecteur numérique l’apparente à la figure de l’amateur telle que Bernard Stiegler l’a renouvelée.

Dans un texte récent (3), après avoir défini l’amateur comme une occurrence spécifique de la figure du contributeur dans le monde de l’art et de la culture, Stiegler écrit ceci :

« Le renouveau de la figure de l’amateur et l’émergence corrélative de l’économie de la contribution sont rendus possibles à la fois par un puissant désir de la population, et en particulier de la jeunesse, qui ne veut plus se contenter de consommer, et par le déploiement des technologies relationnelles numériques qui cassent l’opposition entre production et consommation en fournissant des fonctions d’autoproduction aussi bien que d’indexation sur le web où se tissent de nouveaux types de réseaux que l’on dit « sociaux ».[…]

…C’est surtout à travers les pratiques culturelles et les nouvelles figures de l’amatorat qu’elles engendrent dans le nouvel environnement relationnel […] que se dégage l’idéal type de ce qu’est le contributeur. »

L’ensemble des responsabilités qu’assume le lecteur forment bien une contribution dans une perspective quasi économique. Mais cette responsabilité, cette contribution, dans la mesure où elles s’exercent dans le cadre de l’espace des lectures industrielles, ne peuvent manquer d’être influencées, voire contrôlées par les industries de la lecture. Non seulement l’activité du lecteur numérique risque d’être directement dévoyée en activité de consommation, lorsqu’elle est intégrée à la publicité, mais elle est plus généralement à la base de ce processus de transformation de la lecture en consommation, du seul fait qu’elle l’alimente, volens nolens.

Cela nous éclaire sur la position d’amateur du lecteur numérique, c’est à dire sur ce qu’il aime. Il aime la lecture numérique, la technologie à laquelle il donne un esprit, la singularité de cette expérience nouvelle de lecture, individuelle et collective. Il aime aussi la lecture classique, par goût et comme exercice, comme technique de soi ; il impose au défaut de la technique les détournements, les manières de faire nécessaires pour reconstituer la lecture d’étude. Et enfin il aime être un lecteur et un amateur, c’est à dire qu’il ne craint pas d’entrer en conflit avec la figure du consommateur.

Pour mieux cerner cette situation, j’essaie de construire une échelle des risques.

Le premier risque, le moins aigu peut être, mais le plus général, nous concerne tous. Quelle que soit notre maîtrise de la lecture classique et de la lecture numérique, nous sommes placés dans ce processus de commercialisation de la lecture et de développement chaotique de la technologie de lecture numérique. Il faut insister sur ce point : on ne peut pas lire sur le web sans relever de cet espace des lectures industrielles, et, concrètement, sans alimenter peu ou prou le marketing.

Le deuxième risque, c’est celui qui naît d’une séparation ou d’une dépossession. Le lecteur est en quelque sorte séparé de la technologie qu’il contribue à développer. Il est la condition d’effectuation de la technologie mais il en perd de plus en plus la maîtrise. L’expérience du Web 2.0 a été révélatrice : l’ « orientation usages » simplifie la vie de l’internaute mais appauvrit en contrepartie sa maîtrise de la technologie et facilite l’encadrement de sa présence sur le web par le marketing.

Le troisième risque est le plus grave, et le plus immédiat. Ailleurs j’ai résumé cette situation par la formule « nouveaux savoirs, nouvelles ignorances » (4).

Technologie incomplète, « hyper-attention », risque de confusion entre pré-lecture et lecture, entre lecture d’information et lecture d’étude, place de la simulation, contexte d’autoformation, arrivée de la génération des « natifs du numérique » dont certains prennent la lecture numérique comme lecture de référence, tous ces éléments peuvent se combiner.

Le point le plus important, qui retourne le défaut même de la technologie, est le savoir faire qui permet de distinguer et d’associer, dans le cadre du numérique, lecture d’information et lecture d’étude.

 La lecture d’étude conserve aujourd’hui un caractère hybride, elle associe écran et papier. Les lecteurs confirmés n’ont pas de difficultés à maîtriser ce caractère hybride. Ils ne confondent pas information et connaissance structurée. Ils ont appris à suspendre la navigation et clôturer le texte pour mieux se concentrer. Ils savent utiliser les formats les plus divers pour lancer une investigation informatique du texte, ou simplement conserver leurs annotations.

Mais la situation est bien différente pour le lecteur débutant, qu’il s’agisse de sa connaissance du texte numérique comme objet technique, de sa compétence littéraire, ou de sa capacité à maîtriser une position de simulation. Si ce lecteur ne dispose pas d’une bonne formation lui permettant de distinguer les diverses pratiques de lecture, c’est à dire d’une bonne culture de l’écrit, les difficultés qui viennent d’être rappelées joueront toutes dans le même sens : la confusion sur la signification culturelle profonde de ce qu’il effectue sous l’étiquette d’une opération de lecture.

Le risque est grand alors (et il est immédiat) d’une lecture sans savoir-lire (« reading without literacy »), lecture illettrée qui ne serait rien d’autre qu’une catastrophe cognitive et culturelle.

Pour la résumer très simplement, la question que j’introduis maintenant n’est plus celle du lecteur numérique en général. Il ne s’agit ni du lecteur classique qui a découvert le numérique, ni même de la génération qui fait, dans tous les sens du mot, le pont entre la lecture classique et la lecture numérique. C’est la question des jeunes dans l’espace des lectures industrielles.

 Pour cela, je reprendrai la formule utilisée par Katherine Hayles et mentionnée plus haut, de Génération M, M comme médias.

Mais il faut d’abord préciser ce que n’est pas la Génération Médias.

Ni l’habitude des enfants à regarder ou trop regarder la télévision, ni la tendance du marketing à s’adresser aux classes d’âge des enfants ou des adolescents ne constituent la Génération Médias. Ce n’en est tout au plus que la préhistoire.

La Génération Médias combine trois tendances : la tendance dont j’ai déjà parlé au rapprochement des industries culturelles, des industries du marketing, et des industries de l’information ; la tendance à la fusion de la génération et des médias ; et la tendance à une concurrence ouverte entre, d’une part, les médias comme vecteur du marketing, et d’autre part, la famille et l’école.

La tendance à la fusion génération – médias s’exprime d’abord par le développement des médias générationnelles. Il ne s’agit plus d’émissions spécialisées, ni de tranches horaires, mais de médias entièrement voués à environner et accompagner telle ou telle catégorie de jeunes : Skyblogs, Canal J, Baby TV. La fusion génération-médias se manifeste encore par le fait que l’enfant ou le jeune adopte directement, sans aucun truchement, ces médias, choisissant entre jeux vidéo, télévision ou internet. Ici les indicateurs sont la présence de la télévision ou de l’ordinateur dans la chambre d’enfants, et le nombre d’heures passées non pas à regarder les émissions qu’il a lui-même programmées.

La tendance à une concurrence ouverte entre les médias, d’une part, et la famille et l’école, d’autre part, est, pour partie seulement, un effet de la concurrence entre médias générationnels, et entre internet et la télévision. Il ne s’agit plus seulement d’une concurrence indirecte, se traduisant par des symptômes d’addiction, de fatigue, des difficultés à faire les devoirs ou à participer à la vie familiale, mais bel et bien d’une concurrence ouverte. Les médias tendent à s’instituer comme des anti-tuteurs des enfants et des jeunes. La campagne récente de Canal J, et la polémique qui l’a accompagnée, ont été parfaitement exemplaires sur ce point. Sur quoi porte cette concurrence ? Sur le contrôle de l’attention. Ses effets ne sont pas seulement culturels, comme c’est le cas depuis longtemps : aujourd’hui il faut aussi parler d’effets cognitifs et psychologiques.

Il existe un risque sérieux que le numérique, et, singulièrement, la lecture numérique, vienne greffer sur le processus de Génération Médias, c’est à dire de transformation des jeunes en jeunes-médias via les médias générationnels, certains éléments de base d’une concurrence directe avec l’école. Cette concurrence ne s’exercerait pas contre des éléments périphériques, ou secondaires de l’institution scolaire, mais contre sa fonction centrale, la transmission de ce que l’école, dans son jargon, appelle une compétence fondamentale : le savoir lire.

Il y a en effet une limite au processus de Génération M, par exemple à la concurrence classique entre la télévision et le livre : un minimum de savoir lire, de culture de l’écrit est nécessaire dans notre société, y compris pour n’être qu’un jeune consommateur.

D’ailleurs, le livre et la lecture sont les moyens traditionnels et la méthode de référence pour la formation de l’attention et le contrôle de l’attention. C’est donc cette question de l’état actuel de l’attention, et du conflit sur le contrôle de l’attention, question qui est au cœur des préoccupations d’Ars Industrialis qu’il faut reprendre ici.

 Les troubles de l’attention des jeunes sont largement reconnus, aux Etats Unis, au Japon, en Chine sous l’appellation d’ « attention deficit disorder » à laquelle Katherine Hayles fait référence à propos de sa théorie d’une hyper-attention, d’une attention diffuse, performante en un sens mais éclatée, qu’elle a opposée à la deep attention caractéristique de la lecture classique.

Pour comprendre ce point, il faut passer de la Génération M à cette autre notion, assez vague, qui est celle des « natifs du numérique » ou de la « génération internet », génération que le président de Skyrocks a précisément déclaré vouloir atteindre par des initiatives telles que les Skyblogs.

Cette génération des « natifs du numérique » fait l’objet des spéculations les plus intéressées mais aussi d’une certaine rhétorique expérimentale, voire libératrice. Il me semble que le scénario selon lequel les natifs du numérique se comporteraient en bons héritiers des pionniers libertaires du net, soucieux de mettre leur créativité technique au service du bien commun, est un cas assez typique de wishful thinking. Le risque propre à cette génération des natifs du numérique est bien plutôt de voir se rejoindre et se combiner les différents déficits de l’attention, au profit d’un contrôle de cette attention par les médias étendus aux médias numériques, et par ce biais, devenus capables de concurrencer ouvertement la famille et l’école, et cette dernière sur sa fonction centrale de transmission de la lecture.

Le point clé ici, pour ce groupe des Natifs numériques, c’est évidemment que la concurrence entre les médias et l’école soit portée à un tel degré d’hostilité que la lecture classique devienne tout à fait insupportable et qu’elle ne soit plus acceptée comme lecture de référence. Une partie de ce groupe en viendrait alors à adopter le modèle des lectures industrielles contre et à la place de celui de l’école. On passerait d’une situation de grand écart, celle qui caractérise la Génération M, première formule, avec des hypothèses opposant le numérique à l’audiovisuel, à une situation ou la lecture industrielle, c’est-à-dire la lecture-consommation deviendrait la lecture de référence.

C’est au point précis où se croisent le marketing des médias générationnels et le groupe dit des « natifs du numérique », c’est à dire là où le conflit pour le contrôle de l’attention des enfants et la définition de la lecture de référence est le plus ouvert que se situent, selon moi, les risques véritables d’une catastrophe cognitive et culturelle qui n’a pas d’autre origine que l’oubli de la lecture comme technique de soi.

(1)Max Horkheimer, Theodor Adorno, « La production industrielle de biens culturels », in La Dialectique de la raison, Gallimard, 1983.

(2)Sergey Brin et Lawrence Page, « The Anatomy of a large-scaleal web search engine », (Anatomie d’un moteur de recherche hypertexte à grande échelle pour la toile), Computers Science department, Stanford University, 1988, http://infolag.stanford.edu  

(3)Bernard Stiegler, « Industries relationnelles et économie de la contribution », in Le Design de nos existences, Mille et une nuits, 2008.

(4)Intervention au colloque de l’Académie des sciences, 2005, http://alaingiffard.blogs.com

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

(pour les trois parties)

 

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ARTICLES

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